[Siège de Paris. Commune. Semaine sanglante. Journal inédit. 1871]. [Souvenirs de la Famille P. d’Andecy. Janvier - Mai 1871. Manuscrit]. Sous nos fenêtres (rue d’Assas 80). I. Les Obus - la Famine. Janvier 1871. II. Le Canon - le Pétrole - Mai 1871.

Paris,
1871.
In-8 manuscrit en belle page (15 x 21 cm) de (2)-131 ff. montés sur onglet à 30 lignes par page, demi-chagrin vert, dos à nerfs, titre doré (reliure de l’époque).

5 000 

Paris, , 1871.

In-8 manuscrit en belle page (15 x 21 cm) de (2)-131 ff. montés sur onglet à 30 lignes par page, demi-chagrin vert, dos à nerfs, titre doré (reliure de l’époque).

Journal inédit du siège de Paris et de la Semaine sanglante, rédigé sur les feuillets d’un livre de compte à en-tête du Crédit Foncier de France dont l’auteur était alors secrétaire du Conseil d’administration. Jean-Baptiste Henri Poulain d’Andecy (1818-1884), licencié en droit, « ami de l’étude », avait d’abord secondé les conservateurs de la Bibliothèque de l’Arsenal avant d’être nommé sous-préfet d’Ambert (1848) puis de Nantua (1849-1851) sous la Deuxième République. Il était marié à Anaïs Geoffroy Saint-Hilaire, arrière-petite-fille du naturaliste Étienne Geoffroy Saint-Hilaire. Il est le père de Jeanne Louise Poulain d’Andecy (1857-1934), âgée de treize ans en 1871, qui épousera en 1881 le mathématicien Henri Poincaré. Propriétaire de la maison du 80 rue d’Assas, Poulain d’Andecy relate dans sa lettre au maire du 6e arrondissement Anne-Charles Hérisson (27 mai 1871, retranscrite dans le journal) : « Profondément dévoué à la République et pénétré des sentiments que vous venez d’exprimer si dignement, je me mets à votre disposition. Je suis propriétaire de la maison rue d’Assas 80, y demeurant avec mes cinq enfants et les hôtes nombreux placés sous mon patronage, n’ayant quitté mon poste ni pendant le bombardement prussien, ni pendant l’épouvantable guerre de ces derniers jours, resté dans ma maison avec M. Masson, vieillard de 74 ans, mon locataire, après avoir lutté corps à corps avec le bandit qui voulait nous tuer et nous incendier et ayant nous-mêmes les premiers sous les balles des Communeux du Carrefour de l’Observatoire, attaqué l’incendie de la maison mitoyenne n° 78. » Le siège de Paris (janvier 1871). Quand commence le bombardement le jeudi 5 janvier 1871, la famille Poulain d’Andecy reste dans ses murs : « De 9h à 11h 1/2 nous eûmes la vue des obus tombant près de nous et le bruit des nombreux projectiles qui traversaient l’air à droite et à gauche de notre maison […] nous organisons le tamponnage de nos fenêtres sur la rue au moyen de matelas interposés entre la persienne et la croisée […] Je vérifie l’état des greniers et je constate avec terreur que nous eussions été perdus sans défense possible si un projectile fut tombé sur la partie supérieure de la maison. » L’attitude de la famille, « calmes et véritablement étrangers à la peur », est consignée avec soin : « Louise n’a pas été troublée, son frère Paul est resté près d’elle. » La Semaine sanglante (mai 1871). La relation est tenue heure après heure. Le 80 rue d’Assas est occupé par les Fédérés : « Mardi 23 mai. 2 heures. Ordre est donné à la concierge de tenir la porte cochère ouverte. Mercredi 24 mai à 8h 1/2, une pièce de 7 se chargeant par la culasse est amenée et placée en batterie dans la direction de la rue de Vaugirard […] Nous faisons descendre les dames et enfants dans l’escalier de la cuisine. » Le 25 mai : « Nous nous arrêtons devant les cadavres nombreux en maints endroits. Dans le fossé de la barricade au bas de l’ancienne rue des Grès, boulevard Saint-Michel, une quinzaine au moins de cadavres sont couchés […] des paquets de cervelle sous les pas… enfin un spectacle hideux […] feux de peloton dans le Luxembourg, c’est-à-dire exécution des communeux pris les armes à la main. » Note bibliographique finale. L’ancien attaché de l’Arsenal clôt son journal le 2 novembre 1871 par une mise au point sur l’article d’Émile Littré dans La Philosophie positive (septembre-octobre 1871), qui attribuait aux troupes l’extinction des incendies de la rue d’Assas : « J’ai été bien tenté de faire savoir à M. Littré que ce n’était pas grâce à l’arrivée des troupes mais grâce à la persévérance de quelques citoyens que les incendies avaient été éteints […] Voici donc un habitant de la maison au secours de laquelle j’ai été le premier, qui ignore même les détails de cette matinée. Qu’importe ? Si nous avons bien agi le profit ne nous en reste-t-il pas ? » Laurent Rollet, « Jeanne Louise Poulain d’Andecy, épouse Poincaré (1857-1934) », Bulletin de la Société des Amis de la Bibliothèque de l’École Polytechnique, n° 51, 2012.

Réf : 41289

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