Amsterdam, Louis et Daniel Elzevier, 1655.
2 parties en 1 vol. in-12 de 70 pp. (14)-317-(7) pp., 1 carte dépliante, vélin à rabats, titre manuscrit sur le dos (reliure de l’époque).
Première édition in-12 des presses d’Elzevier, publiée l’année de l’originale in-4, de l’un des livres les plus scandaleux du XVIIe siècle. « Livre singulier, et autrefois fort recherché, dans lequel l’auteur (qui n’a garde de se nommer, mais qu’on sait être Isaac La Peyrère, 1596-1676) prétend démontrer, par l’autorité de S. Paul, qu’il a existé des hommes avant Adam […] Le volume fut condamné dès son apparition à être brûlé par la main du bourreau. L’auteur lui-même, quoiqu’attaché à la maison du prince de Condé, n’échappa aux persécutions qu’en allant à Rome se jeter aux pieds du Pape, et abjurer la foi protestante. Le scandale que produisit ce livre est cause sans doute qu’il n’est porté dans aucun catalogue du temps, pas même dans le grand catalogue elzevirien de 1674 » (Willems). Isaac La Peyrère (Bordeaux, 1596 – Paris, 1676), calviniste d’origine marrane, secrétaire du prince de Condé, publia les Praedamitae anonymement à Amsterdam en 165, dont la rédaction avait été en partie financée par la reine Christine de Suède. Sa thèse, qu’Adam n’était pas le premier homme de la création mais seulement l’ancêtre du peuple juif, des humanités antérieures ayant peuplé le monde avant lui, constituait une remise en cause radicale de la cosmogonie biblique et anticipait les débats de l’anthropologie physique. Le livre fut brûlé publiquement à Paris en 1656 ; La Peyrère fut arrêté à Bruxelles en février 1656 « sur ordre du grand vicaire de l’archevêque de Malines » et ne fut libéré que sous condition d’aller se convertir à Rome, ce qu’il fit en 1657 auprès du pape Alexandre VII dont le secrétaire Rospigliosi accusa réception du livre le 15 avril 1656. L’ouvrage influença Spinoza, qui s’en servit dans son Tractatus theologico-politicus (1670) pour contester la paternité mosaïque du Pentateuque. Ex-libris gravé sur le premier contreplat : Ardere et lucere. Ex libris C.H.P. Provenance manuscrite sur le titre : Oratorii Frecensis Spiritus Sancti. Willems, 1189 ; Brunet, III, 831 ; Rahir, 1213 ; Pintard, Le libertinage érudit dans la première moitié du XVIIe siècle.
Réf : 12420
