[Pidansat de Mairobert. Archives manuscrites de Madame Doublet]. Recueil collectif de pièces fugitives.

1735-1756.
250 pièces manuscrites reliées en 1 vol. in-4, veau marbré, dos orné à nerfs et armes dorées en pied, pièce de titre en maroquin rouge, triple filet doré encadrant les plats (reliure de l’époque).

15 000 

, , 1735-1756.

250 pièces manuscrites reliées en 1 vol. in-4, veau marbré, dos orné à nerfs et armes dorées en pied, pièce de titre en maroquin rouge, triple filet doré encadrant les plats (reliure de l’époque).

Exceptionnelles archives manuscrites collectées et reliées aux armes de Mathieu-François Pidansat de Mairobert (1727-1779) provenant du château de Breuilpont en Normandie, résidence de Madame Marie-Anne Doublet (1677-1771) l’illustre salonnière pour laquelle Pidansat rédigeait et distribuait les « nouvelles à la main ». Une dédicace en vers À Madame Doublet le 1er janvier 1751, non signée et peut-être copiée de la main de Pidansat est reliée parmi les premières pièces du recueil : Ô vous mon seul appui, dont les bienfaits constants / Ne préviennent dans tous les temps / De la bonté des Dieux, chère et fidelle image / Comme eux recevez mon hommage (…). On trouve plus loin le libellé de l’adresse inscrit au verso d’une chanson, « À Madame Doublet en son château de Breuillepont par Vernon à Pacy ». « Dans son appartement au coeur du couvent de Saint-Thomas à Paris, Mme Doublet, veuve d’un intendant de commerce, réunit des littérateurs, des savants, des chroniqueurs et des académiciens. L’endroit, connu sous le nom de « Paroisse », est presque un laboratoire de journalisme. Les femmes y sont nombreuses et participent activement à cette « gazette ». Mais les hommes ne sont pas en reste et sortent même de la bienséance jusqu’à être fustigés sur le Pont-Neuf, voire exilés, comme l’abbé Prévost. Proche de Mme Doublet, Bachaumont est le principal rédacteur de ce salon. Désigné comme l’auteur des célèbres Mémoires secrets, il fait plusieurs séjours à la Bastille. Mme Doublet elle-même est menacée d’enfermement. Grimm évoque la Paroisse comme le lieu de toutes les rumeurs : « C’est de ce coin que partirent tous les bruits dont les affairés et les friands de bruits s’étaient toujours approvisionnés à grand-peine » (BnF). Le recueil comprend environ 250 pièces principalement en vers (satires, chansons avec musique notée, dialogues, épigrammes, sonnets) copiées par plusieurs mains sous le voile de l’anonyme dont Placet à Madame la Marquise de Pompadour, L’Hermine, fable, Chansons sur les avocats, Lettre de S.A.R. Madame d’Orléans abbesse de Chelles à une de ses amies (suivie de l’arrêt royal imprimé en 1725 condamnant cet écrit), Madrigal galant et philosophique, La Bedaine, conte physique, moral et politique tiré du Conte du tonneau et mis en vers par la Musée éclopée, Brevet de la Calotte, Ode sur la santé du Roi, Épître et vers adressés à M. de Bachaumont, Passeport du Régiment de la Calotte pour le Sr Roy, Mandement de Momus au sujet des miracles de Monsieur Pâris une pièce du peintre Coypel, hôte régulier du château de Breuilpont, une lettre autographe datée 2 septembre 1735 et signée du dramaturge d’Allainval « votre recueil serait actuellement absolument arrangé s’il ne m’avait pas fallu changer trois fois de secrétaire (…) » etc. Curieuse personnalité que Mathieu-François Pidansat de Mairobert tour à tour officier de marine, avocat au Parlement, secrétaire du roi et du duc de Chartres : arrivé de bonne heure à Paris où il fut élevé dans la maison de Madame Doublet de Persan, il fut l’un des rédacteurs principaux des fameux Mémoires secrets de Chapelle et Bachaumont. Lié à Restif de la Bretonne, Pidansat fut aussi pamphlétaire, amateur des nouveautés littéraires et dramatiques et se trouva mêlé aux querelles des écrivains. Il abordait aussi les questions politiques, et paraît avoir tour à tour reçu les confidences des plus hauts fonctionnaires du temps, tels que Sartine et Lenoir. Censeur royal, il travailla pour Malesherbes lorsque celui-ci fut Directeur de la Librairie. Il fut, en 1779, compromis dans le procès du marquis de Brunoy, dont il se trouvait le créancier pour une somme considérable, et quoique, selon l’opinion générale, il ne fût en cette affaire que le prête-nom d’un haut personnage, le parlement lui infligea un blâme public, par arrêt du 27 mars 1779. Mairobert, qui avait toujours soutenu le Parlement au travers des Mémoires secrets, se crut déshonoré. Le soir même, il alla aux bains Poitevins sur les bords de la Seine. Vers cinq heures du matin, il s’ouvrit dans le bain les veines du poignet, et, pour plus de sûreté, acheva de s’ôter la vie d’un coup de pistolet. Les armes en pied du recueil accompagnées du super-libris au premier contreplat « Pidansat de Mairobert », ne sont consignées ni par Guigard, ni par Olivier-Hermal-Roton ; elles sont en revanche attestées par leur description dans le procès-verbal daté 1779 qui constatait la mort violente du sieur Pidansat de Mairobert : « Vu encore sur une petite table une lorgnette d’écaillé, une paire de boutons de manche en pierre et cornaline, un col de mousseline marqué en fil rouge d’une M, auquel était attaché une boucle d’argent, plus une montre d’or à seconde et à quantième garnie d’un cordon de soie noir, auquel pendaient trois cachets dont un d’agate avec des armes portant par bas une gerbe de blé et par haut deux étoiles séparées par un chevron, un autre d’une pierre noire représentant un coq et une poule, le troisième d’une agate représentant deux petits amours, le tout moulé en or, et enfin une petite clef de cuivre ». Provenance : Alphonse Dubarle (ex-dono manuscrit par M. Bezout en 1832) ; Robert de Billy (1859-1963), ambassadeur, proche de Marcel Proust (ex-libris) ; Daniel Appia (ex-libris). Sgard, Dictionnaire des Journalistes, 639 ; J. Merrik, Le suicide de Pidansat de Mairobert, Dix-Huitième siècle, n° 35, 2003, p. 331-340.

Réf : 44793

Thème

,

Panier