, , 1743-1753.
Manuscrit in-4 sur vélin de (164) ff. en 17 cahiers brochés à 23 lignes par page recto verso, cachets fiscaux de la Généralité de Paris en tête de page.
Copieux registre de procédure de « décret » (saisie immobilière et vente forcée) retraçant dix ans d’une guerre successorale sous Louis XV. L’action est engagée à la suite d’une sentence du consul de Paris du 4 septembre 1743 à la requête du sieur François Benoist (bourgeois, mercier et officier des vivres des armées du roi à Maubeuge) contre la communauté familiale d’artisans Guillaume, Chefdeville et Gendret en faillite. L’enjeu est un bâtiment composé d’ateliers et de onze boutiques situé à l’angle de la rue du faubourg Saint-Antoine et de la rue Sainte-Marguerite (actuelle rue Saint-Bernard). Après une décennie de blocages et d’appels devant la grand’chambre du parlement, marqués par la fuite à l’étranger du co-débiteur Antoine Neveu déclaré « absent du royaume », l’immeuble subit une envolée des enchères en décembre 1752. Il est définitivement adjugé le samedi 20 janvier 1753 au prix record de 52500 livres. L’acquéreur réel est le sieur Nicolas Bergon, riche marchand épicier du faubourg, qui finance cette acquisition grâce à un emprunt hypothécaire de 44500 livres consenti par un procureur au parlement. Le dossier est scellé par le conseiller-auditeur de la chambre des comptes et délivré au greffe le 10 avril 1753. Le texte livre une description très précise sur l’organisation du quartier. Il détaille le bâtiment sur rue avec sa porte cochère pour le passage des charrettes, l’enfilade de six ateliers indépendants dans la cour avec puits et granges, et l’existence de servitudes : un passage privé traversant les jardins pour offrir une issue dérobée directement sur la rue de Lappe. L’acte fixe les limites de la propriété en nommant ses voisins immédiats : il est ainsi adossé aux parcelles du sieur Vignon, du sieur Arras, des héritiers du sieur Grandon et de la veuve Gendret, offrant la restitution du parcellaire exact d’un carrefour historique. Le registre est un document sur le déroulement des ventes forcées sous l’ancien régime. Il rend compte du rituel technique de l’adjudication à la bougie, retranscrivant le moment exact où la propriété change de mains après que l’huissier a solennellement « étouffé les dits flambeaux » pour marquer la fin légale de l’audience. Le manuscrit illustre les mécanismes d’un marché immobilier spéculatif et documente l’association des marchands-épiciers Bergon et Ménagé mobilisant leur fortune pour racheter le domaine grâce à un prêt garanti auprès des officiers de robe. Texte d’une parfaite lisibilité, document important pour l’histoire des structures immobilières de Paris au XVIIIe siècle.
Réf : 15159
![[Paris. Faubourg Saint-Antoine. Manuscrit]. - Bonnefoi Livres Anciens](https://bonnefoi-livres-anciens.com/wp-content/uploads/2025/08/15159_1.jpg)