[Genève], [Henri Estienne], 1566.
In-12 de (70)-680 pp., vélin, titre manuscrit sur le dos, tranches dorées (reliure du XIXe siècle).
Édition originale, troisième tirage. « Henri Estienne’s most popular vernacular work, one of the monuments of 16th century French prose, and a masterpiece of the satirical genre » (Fred Schreiber, The Estiennes, n° 161). « La richesse, la profondeur et la diversité des réflexions d’Henri Estienne dans l’Apologie pour Hérodote attestent que son livre est bien autre chose qu’un brûlot protestant […] Tout en voulant apporter son soutien au camp calviniste, il défend, avec Hérodote, une liberté de penser que Sébastien Castellion n’aurait pas désavouée » (Bénédicte Boudou, Mars et les Muses dans l’Apologie pour Hérodote, Droz, 2000). Henri Estienne (Paris, 1531 – Lyon, 1598), fils de Robert Estienne, imprimeur de la République de Genève depuis 1559, avait en 1566 publié une nouvelle édition de la traduction latine d’Hérodote par Lorenzo Valla, à laquelle il avait adjoint en latin une Apologia pro Herodoto. Informé qu’on se proposait de la traduire, il prit la résolution de la mettre lui-même en français, mais y ajouta une foule d’anecdotes recueillies en Italie, de traits satiriques et d’épigrammes contre les prêtres et les moines qui en firent une violente satire anticatholique. L’ouvrage, publié sans licence, fut censuré à la demande de Calvin : le Conseil de Genève contraignit Estienne à réimprimer 56 pages, supprimant les passages jugés obscènes et grossiers — ce qui explique que l’édition originale connût trois tirages la même année. Estienne fut emprisonné en avril 1567. « L’ouvrage constitue un réquisitoire contre toutes les formes d’abus et de tromperie, celles auxquelles s’adonnent les marchands, les médecins, les gens de justice, et plus encore les clercs » (Boudou, éd. critique, Droz, 2007). L’édition Le Duchat (La Haye, Scheurleer, 1735), seule complète des passages censurés, est la meilleure édition selon Brunet. Bel exemplaire. Quelques feuillets roussis. Brunet, II, 1076 ; Renouard, I, 126.
Réf : 3496
