, , [1774 ca].
Environ 300 pièces manuscrites reliées en 1 fort volume in-4, cartonnage brun, pièce de titre en maroquin rouge recueil divers, étiquette manuscrite à l’encre du temps sur le dos Chaos poétique 1774 (reliure de l’époque).
Archives manuscrites inédites du poète et chansonnier Guillaume Vassé (Paris, 14 mars 1721 – 1779), qui tenait un salon littéraire « à la barrière du Temple », rue du Temple, au coin de la rue de Vendôme, dans les dernières années du règne de Louis XV. Vassé et son salon. Secrétaire du lieutenant général Bernard Louis, marquis de Chauvelin — ministre plénipotentiaire à Gênes (1749-1760), puis maître de la garde-robe du roi, mort subitement à Versailles le 24 novembre 1773 sous les yeux de Louis XV —, Vassé figura parmi les souscripteurs de l’édition de Racine de 1768. Il publia de son vivant deux opuscules seulement — Ma Rhapsodie (ou ma Réponse) et Les Curricades — et quelques pièces dans le Mercure de France et le Journal de Verdun, ce qui explique son absence des anthologies de petits poètes du XVIIIe siècle. Sylvain Maréchal le mentionne dans son Dictionnaire des athées anciens et modernes comme « poète épicurien français, ami de Mangenot » en citant l’épitaphe que l’on retrouve copiée dans ce recueil : « Ici gît l’égal d’Alexandre : Moi ! c’est-à-dire, un peu de cendre. » Dans ses Mémoires rédigés en prison, Mme Roland (1754-1793) évoque le salon de Vassé qu’elle avait visité encore jeune fille : « Le mercredi était le jour des assemblées littéraires de M. Vâse ; nous nous rendons chez lui, à la barrière du Temple, avec Madame Lépine. Nous montons au troisième étage, nous parvenons dans un appartement assez vaste, meublé suivant l’ordonnance : des chaises de paille, serrées sur plusieurs rangs, attendaient les spectateurs et commençaient à être occupées ; des flambeaux de cuivre, fort sales, éclairaient avec des chandelles ce réduit dont la grotesque simplicité ne démentait point la rigueur philosophique et la pauvreté d’un bel esprit. Des femmes élégantes, de jeunes filles, quelques douairières, force petits poètes, des curieux ou des intrigants formaient la société. Le maître du logis, placé devant une table qui faisait bureau, ouvrit la séance par la lecture d’une pièce de vers de sa façon ; elle avait pour sujet un joli petit sapajou que la vieille marquise de Préville portait toujours dans son manchon […]. Les bravo et les applaudissements rendirent hommage à la verve de Mr Vâse, qui, fort content de lui-même, voulait céder sa place à M. Delpêches […]. » Le corpus. C’est bien un véritable « cahos poétique » — comme l’indique le collage sur la garde supérieure — que rassemble ce recueil : copies de pièces fugitives, inédites, parfois anonymes, qui furent adressées à Vassé et vraisemblablement déclamées dans son salon. Toute la gamme des petits sujets représentatifs du XVIIIe siècle poétique y figure : épigrammes et pièces de circonstance, satires, chansons, stances, épitaphes, acrostiches, pastorales, fables, dialogues, étrennes, pots-pourris, odes anacréontiques, contes, impromptus. On y relève notamment : La pincette par Piron ; Épître à mon c… ; Rêve de Piron ; L’orange, conte anacréontique de M. Auguste ; Ode sur la guerre ; In mortem serenissimi Delphini ; A la louange des trois grâces de l’académie de la rue du Temple avec leur portrait chacune en abrégé ; Épître en manière de vers à M. Guillaume Vassé à l’occasion de sa fête arrivée incognito le 10 janvier 1772 ; A monsieur le marquis de la Salle sur la comédie qu’il lut chez Monsieur Vassé à la séance du 8 avril 1772 ; Mes tristes épîtres chagrines envoyées à son excellence M. le marquis de Chauvelin ; Air du vaudeville d’Épicure ; Petite poésie de M. Vassé 1760 ; Pastorale à monsieur Vassé sur son retour de Gani ; Agricultura carmen Molinis 1732, etc. Panorama unique de la sociabilité littéraire et mondaine des dernières années de l’Ancien Régime, dans le goût des Mélanges publiés à la même époque. Quérard, X, 63 ; Conlon, XXVII, Ds 1062 ; Ersch, La France littéraire, 1798 ; Sylvain Maréchal, Dictionnaire des athées anciens et modernes ; Mémoires de Mme Roland, Paris, Baudoin fils, 1820, t. I, p. 149.
Réf : 10274
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