Paris, Mamert Patisson, 1579.
In-8 de (32)-295 pp. 1 f.bl., basane marbrée, dos orné à nerfs, pièce de titre en maroquin rouge, tranches jaspées (reliure du XVIIIe siècle).
Édition originale sortie des presses de Mamert Patisson, qui utilisait la marque typographique de Robert Estienne sur le titre depuis qu’il avait épousé sa veuve cinq ans auparavant. Henri II Estienne ( ca 1528 – 1598), imprimeur-philologue humaniste, helléniste et auteur du Thesaurus graecae linguae (1572-1573), passa à la cour d’Henri III une année entière à Paris en 1578-1579, « le roi lui accordant une gratification de 3 000 livres pour cet ouvrage et une pension pour l’encourager à la recherche des manuscrits », avant de rentrer à Genève. C’est à la demande expresse d’Henri III, « indigné que par un esprit servile d’imitation les Français introduisissent une foule de mots et d’idiomes italiens dans leur langue de cour », que fut composé le présent ouvrage. Le Project du livre De la Precellence du langage François constitue le troisième et dernier volet du tryptique philologique d’Estienne en faveur de la langue française, après la Conformité du langage français avec le grec (1565) et les Deux dialogues du nouveau langage français italianisé (1578). « Son amour pour l’antiquité gréco-latine ne l’empêche d’ailleurs nullement de se jeter dans la bataille pour la défense de la langue vulgaire. S’il démontre dans la Conformité que le français possède les qualités indispensables pour devenir une langue savante et littéraire, et exerce sa verve polémique dans les Deux dialogues contre les courtisans qui prennent plaisir à parler italien en français, le Projet s’adresse en premier lieu aux Italiens qui proclament la supériorité de leur langue et de leur littérature, tout en s’en prenant aux latinistes qui condamnaient la langue vulgaire comme inapte à la fonction de la langue littéraire » (En français dans le texte). L’aspect polémique de cet ouvrage, « une paradoxale alliance d’ouverture d’esprit et de chauvinisme culturel », valut à son auteur d’être mis en prison par les autorités de Genève à son retour. L’ouvrage est précédé d’une épître au roi Henri III et d’une préface au lecteur, « l’une et l’autre fort longues » (Renouard). Reliure discrètement restaurée ; feuillets liminaires dont le titre réparés en marge. Renouard, 181, 3 ; Schreiber, 250 ; En français dans le texte, 62 ; J. Kecskeméti, B. Boudou & H. Cazes, Henri II Estienne, éditeur et écrivain.
Réf : 15274

