A Paris, chez Jean Villette, 1693.
Petit in-8 de (2)-228-(12) pp., veau havane moucheté, dos orné à nerfs, tranches jaspées (reliure de l’époque).
Deuxième édition. Les Poësies avaient paru pour la première fois à Paris en 1688 chez la veuve de Sébastien Mabre-Cramoisy, dans un recueil constitué sous la direction de la poétesse. Plusieurs poèmes de Deshoulières avaient déjà circulé séparément, notamment dans le Mercure galant, avant d’être réunis en volume. Jean Villette publiera en 1695 la Seconde partie des Poësies, établie après la mort de la poétesse par sa fille, Antoinette-Thérèse. Antoinette Deshoulières (1638 – 1694), surnommée la Dixième Muse, fut l’une des femmes de lettres les plus célèbres de la France de Louis XIV. Proche du salon de Madeleine de Scudéry, liée aux Corneille, Fléchier et Pellisson, première femme académicienne française (Académie des Ricovrati de Padoue, 1684 ; Académie d’Arles, 1689), elle prit le parti des Modernes dans la Querelle et fut écartée de l’Académie française malgré la lecture de l’un de ses poèmes en séance (1690). Sa poésie, qui pratique l’épître, l’églogue, l’idylle, la chanson et le rondeau, associe les formes de la poésie galante à une réflexion personnelle sur l’amitié, le bonheur, la vieillesse, la nature et la condition humaine. L’oeuvre présente également un intérêt philosophique particulier. Deshoulières fut proche des milieux libertins érudits et s’intéressa aux doctrines matérialistes de l’Antiquité : certaines pièces témoignent de sa connaissance de Démocrite, d’Épicure et de Lucrèce. Sa poésie pastorale et animalière, « loin de constituer un simple divertissement mondain, lui permet d’interroger les rapports entre l’homme, l’animal, la nature et la raison » (Sophie Tonolo), dimension qui explique le regain d’intérêt critique dont son oeuvre fait aujourd’hui l’objet. Bon exemplaire. Cioranescu, 2597.
Réf : 8082

