, , 1815.
Manuscrit in-12 de (1)-140 pp., titre orné, vélin souple bruni, dos lisse muet (reliure de l’époque).
Copie manuscrite à l’encre brune, d’une écriture fine et lisible, datée 1815 et signée Jean H. Wouters. Réalisée seulement seize ans après la création de la pièce de Jean-Nicolas Bouilly (Tours, 1763 – Paris, 1842), cette copie constitue un témoignage de sa diffusion et de sa popularité au début du XIXe siècle. Créée à la Comédie-Française le 14 décembre 1799, L’Abbé de l’Épée connut une carrière exceptionnelle. « Il est peu de personnes qui n’en aient entendu parler et dans la mémoire desquelles ne soit resté le souvenir de ce drame », constatait encore en 1866 le littérateur Achille Jubinal. « La pièce qui, sans doute, a le plus fait avancer la cause des sourds » (Jean-Claude Yon), elle fut jouée 156 fois avant son entrée, en 1840, au répertoire de l’Odéon, où elle demeura jusqu’en 1890, tout en continuant à être représentée sur d’autres scènes. Bouilly avait déjà travaillé comme auteur dramatique et librettiste avec plusieurs compositeurs, notamment Grétry, Dalayrac et Méhul ; son Léonor ou l’Amour conjugal, créé en 1798, servit de base au Fidelio de Beethoven. La pièce met en scène Charles-Michel de l’Épée (1712-1789), fondateur de l’institution parisienne destinée à l’instruction des sourds-muets, devenue l’Institut national des jeunes sourds de Paris. Bouilly contribue ainsi à la construction et à la diffusion, dès la fin du XVIIIe siècle, de la figure de l’abbé de l’Épée comme bienfaiteur de l’humanité. Pour son intrigue, il s’inspire de l’affaire Solar, qui avait fortement marqué l’opinion : en 1776, l’abbé recueillit un enfant sourd-muet qu’il crut être le comte de Solar ; reconnu comme tel en 1781, celui-ci fut finalement considéré comme un imposteur à la suite d’un second procès en 1792. Bouilly écarte ce dénouement réel et transforme l’épisode en une histoire exemplaire : son protégé, Théodore, est véritablement Jules, comte d’Harancour, spolié de ses biens par son oncle et tuteur. Le jeune sourd-muet, présenté comme sensible et intelligent, et l’abbé, figure de vertu et de clairvoyance, forment ainsi le centre d’un drame conçu pour susciter la compassion du public et défendre la cause des sourds-muets. Jean-Claude Yon, « L’Abbé de l’Épée de Bouilly. Les sourds-muets sur scène au XIXe siècle », dans Isabelle Moindrot et Nathalie Coutelet (éd.), L’Altérité en spectacle, pp. 163-173.
Réf : 43352
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