Paris, Lith. de Verville-Martenot, 1830 ca.
Estampe en couleurs (405 x 295 mm).
Lithographie satirique représentant la communauté saint-simonienne installée au 145 rue de Ménilmontant, l’une des nombreuses caricatures que suscita la Retraite de Ménilmontant. En avril 1832, Prosper Enfantin (1796-1864), Père Suprême de l’Église saint-simonienne, et une quarantaine de ses « fils » — dont Michel Chevalier et Émile Barrault, s’installèrent dans la propriété de Ménilmontant pour y constituer une communauté de travail et d’attente, dans le but de rédiger le Livre nouveau du saint-simonisme et d’attendre la femme-messie annoncée par la doctrine. « Dieu m’a donné mission d’appeler le prolétaire et la femme à une destinée nouvelle », prophétisait Enfantin. La communauté se distinguait par sa discipline : le son du cor éveillait les membres à cinq heures, les appelait aux repas et aux différents services ; à des heures fixes, ils chantaient en chœur. Chaque Fonctionnaire, le titre que prenaient tous les membres, portait son nom brodé en rouge sur sa tunique blanche. Le Père Suprême travaillait lui-même au jardin et entonnait les cantiques. En butte aux attaques du pouvoir inquiet de leur action auprès des milieux ouvriers, la communauté fut poursuivie en justice, le procès se tint les 27 et 28 août 1832, et la satire s’en empara. « Les saint-simoniens s’exposent à la réaction conduite par Casimir Perier. Les mesures policières et poursuites judiciaires frappent l’organisation de plein fouet » (La Caricature entre République et censure). La présente lithographie, par son titre même (les moines, les capacités), raille la prétention à la fois monastique et technocratique du mouvement.
Réf : 10726
