Paris, De l’Imprimerie – Librairie du Cercle Social, 1799.
In-8 de (4)-460 pp. et 16 pp. (Catalogue Veuve Courcier), demi-basane bleue, dos lisse orné de filets dorés (relié vers 1850).
Édition originale rare du seul roman de Louis-Claude de Saint-Martin (Amboise, 1743 – Aulnay, 1803), publié sous la fausse mention Oeuvre posthume d’un Amateur des choses cachées, Saint-Martin, alors vivant, ne se reconnut jamais publiquement comme auteur de cet ouvrage. L’ouvrage se présente comme un étrange poème épiquo-magique, mêlant prose et vers, aventures merveilleuses, satire et enseignement ésotérique. Saint-Martin en annonce lui-même le programme dans une formule devenue célèbre : un récit « dans lequel il y a de longs voyages, sans accidens qui soient mortels ; un peu d’amour sans aucune de ses fureurs ; de grandes batailles, sans une goutte de sang répandu ; quelques instructions sans le bonnet de docteur » et qui, « parce qu’il renferme de la prose et des vers pourrait bien en effet n’être ni en vers, ni en prose ». Sous la forme d’un récit fantastique et volontairement déroutant, Saint-Martin met en scène la lutte du Bien et du Mal à travers une succession d’épisodes merveilleux, de combats symboliques et de personnages allégoriques, Sédir, Ourdec, Mme Jof, Éléazar, le Crocodile, la Société des Indépendants, directement liés aux principes de la doctrine martiniste (J.-M. Vivenza). Derrière l’apparente fantaisie du récit se déploie une construction philosophique et initiatique, héritière de la tradition martinésiste et de la théosophie chrétienne. L’un des passages les plus remarquables est constitué par la Suite de la description d’Atalante, Réponse du psychographe sur la question de l’Institut : Quelle est l’influence des signes sur la formation des idées ? Saint-Martin y oppose à l’analyse purement rationnelle une conception spirituelle et métaphysique du signe, « réflexion sur châtiment et rédemption par la langue » dans le contexte révolutionnaire. Ce texte, connu sous le titre de Traité des signes, fut publié séparément en 1799 puis en 1801, ce qui confère à sa présence dans l’édition originale du Crocodile un intérêt particulier. Très bon exemplaire. Petit défaut de papier dans la marge de la p. 417, sans atteinte au texte. Caillet, 9766 ; Dorbon-Aîné, 4304 ; Jean-Marc Vivenza, Louis-Claude de Saint-Martin, le philosophe inconnu (1743-1803) ; Dix-huitième siècle, « Châtiment et rédemption par la langue, Le Crocodile et la Lettre à un ami sur la Révolution française de Louis-Claude de Saint-Martin ».
Réf : 43786


